Le 18 juin 2026, la Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0,0 %. Le consensus des analystes ne prévoit plus de mouvement cette année. Pour l’acheteur, cela crée une situation inhabituelle : le taux court est au plancher, le taux long ne descend plus, et l’écart entre les deux est devenu le vrai sujet.
Où en sont les taux
À la mi-2026, les fourchettes observées sur le marché suisse sont les suivantes :
- hypothèque SARON : de 0,80 % à 1,50 % selon la marge de l’établissement ;
- taux fixe à 5 ans : de 1,45 % à 1,70 % ;
- taux fixe à 10 ans : de 1,80 % à 2,05 %.
Sur un prêt d’un million de francs, dix ans de fixe coûtent donc environ 5 000 à 12 000 francs d’intérêts de plus par an qu’un SARON au taux du jour. C’est le prix de la tranquillité. La question n’est pas de savoir si ce prix est élevé, mais s’il est justifié dans votre cas.
Le SARON n’est pas un taux variable comme les autres
Le SARON reflète le taux auquel les banques suisses se refinancent au jour le jour. Votre hypothèque est révisée à chaque période de décompte, en général tous les trois mois, et la marge de la banque reste fixe pendant toute la durée du contrat. C’est cette marge, et non l’indice, qui fait l’écart entre deux offres SARON. Elle se négocie.
Le risque n’est pas théorique : entre juin 2022 et juin 2023, le taux directeur est passé de moins 0,75 % à 1,75 %. Un ménage sur SARON a vu sa charge d’intérêts se multiplier en douze mois. Aujourd’hui le point de départ est bas, ce qui limite la marge de baisse et laisse toute la place à la hausse.
La vraie question n’est pas le taux, c’est la tenue de charge
Les banques suisses ne calculent pas votre capacité financière au taux du jour. Elles la calculent à un taux théorique de 5 %, auquel elles ajoutent 1 % de la valeur du bien pour l’entretien et les frais accessoires, plus l’amortissement du deuxième rang. Le total ne doit pas dépasser un tiers du revenu brut.
Autrement dit : que vous choisissiez SARON ou fixe, la banque vous a déjà testé à 5 %. Le choix du taux ne change pas votre dossier de financement. Il change votre trésorerie mensuelle et votre exposition.
Choisir le SARON pour passer une capacité financière serrée est un contresens : la banque ne l’accepte pas, et le ménage qui y parvient tout de même s’expose au moment où le cycle se retourne.
Trois profils, trois réponses
Le ménage à budget tendu
Si une hausse de 1 % du taux vous obligerait à revoir votre train de vie, prenez du fixe, et prenez-le long. Le surcoût est le prix d’un budget prévisible. Dix ans à 1,80 % restent, dans une perspective historique suisse, un financement bon marché.
Le ménage avec de la réserve
Si vous pouvez absorber deux ou trois points de hausse sans difficulté, le SARON reste statistiquement gagnant sur longue période. Fixez alors une règle de sortie à l’avance : à quel niveau de taux basculez-vous en fixe ? Écrivez-la maintenant, pas dans l’urgence.
Le vendeur qui rachète
Le cas le plus fréquent et le plus mal traité. Si vous vendez pour racheter, votre échéance hypothécaire actuelle pilote tout le calendrier. Une résiliation anticipée sur un fixe se paie ; un transfert de l’hypothèque sur le nouveau bien, lui, est souvent possible et gratuit. Cette question se pose avant la mise en vente, pas au moment de signer chez le notaire.
La règle qui vaut dans les trois cas
Découpez votre financement. Deux ou trois tranches d’échéances différentes évitent de remettre 100 % de votre dette sur le marché le même jour. C’est la seule décision qui protège quel que soit le scénario de taux, et c’est celle que l’on oublie le plus souvent.
Les chiffres cités ci-dessus sont ceux observés à la mi-2026 et évoluent. Avant d’arbitrer, faites établir deux ou trois offres concurrentes : l’écart de marge entre établissements dépasse régulièrement l’écart entre les produits.

